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ENCONTRO ATINJ ( Porto )

Depuis 1976 j'ai le privilège de suivre régulièrement l'évolution artistique du théâtre portugais pour jeunes spectateurs. En tant qu'auteur et metteur en scène, ancien directeur du TJA ( Théâtre des Jeunes Années / centre dramatique national ) à Lyon et, avec Michel Dieuaide, en tant que directeur artistique de la Biennale du Théâtre Jeunes Publics.

Dans ces conditions je n'ai jamais cessé, à l'occasion de plusieurs tournées, co-productions ou festivals, d'entretenir de fréquents échanges avec le milieu théâtral portugais. Cette année, à l'invitation de José Leitao, je viens d'assister à l'ensemble des spectacles programmés par l'ATINJ et
le Theatro Art Imagen lors de la XXIXème édition du festival « Fazer a Festa » à Porto ( 29 avril / 2 mai 2010 ).

Un tel regroupement de spectacles permettait de disposer d'un point de vue assez complet sur l'état de la création théâtrale pour jeunes spectateurs au Portugal. D'autant plus que les organisateurs avaient pris le risque calculé de faire se confronter des spectacles de niveaux artistiques largement diversifiés. Un choix parfois déconcertant mais qui, pour les spectateurs comme pour les metteurs en scène, présentait le grand avantage de toujours motiver la réflexion et le débat. D'ailleurs, en fin de festival une rencontre animée par Jorge Louraço Rigueiro était proposée aux compagnies participantes et aux observateurs internationaux.

Les relations entre théâtre et public ( quel que soit l'âge des spectateurs ) sont, à l'évidence, un espace de débat ouvert à l'expression de tous. Un espace de dialogues entrecroisés entre l'oeuvre théâtrale et les spectateurs, entre les spectateurs eux-mêmes, entre artistes et spectateurs, entre artistes eux-mêmes. Un espace de confrontations et de controverses qui parfois malmène l'égo des artistes mais qui s'avère indispensable pour faire évoluer les recherches dramaturgiques, pour interroger collectivement et contradictoirement les objectifs et les enjeux, pour favoriser autant que possible l'émergence de réelles innovations artistiques. Ces débats entre artistes, surtout lorsqu'ils s'exercent sans concessions, sont d'autant plus utiles que le théâtre à l'heure actuelle, dans son ensemble et à fortiori lorsqu'il s'adresse aux jeunes spectateurs, se trouve fréquemment marginalisé dans les médias comme par la recherche universitaire, privé trop souvent de miroir contrasté qui pourrait lui procurer l'existence d'une critique dramatique plus active disposant, comme cela est rarement le cas, de plus larges possibilités d'expression.

J'ai été personnellement sensible à la liberté des échanges auxquels nous avons participé en fin de festival.
Cette rencontre, parmi beaucoup d'autres sujets, nous a permis, notamment, d'aborder la question sensible de la confusion des genres qui ne manque jamais de s'exacerber lorsque, sous prétexte de s'adresser à la petite enfance, des animations aux objectifs parfois obscurs sont abusivement
promues et diffusées en tant que représentations théâtrales. A partir de quel âge devient-on effectivement spectateur conscient et autonome du geste théâtral ? That is the question …

Il a été également regretté que quelques metteurs en scène, heureusement peu nombreux, puissent toujours en 2010 et seulement parce qu'ils s'adressent à de jeunes spectateurs, persister dans l'utilisation d'illustrations scéniques reproduisant les stéréotypes infantilisants d'une imagerie de
convention. Ce qui affaiblit considérablement la portée et les significations de leurs propos dramaturgiques.

Toutefois, en dehors de ces remarques assez marginales, l'intérêt artistique de la plupart des spectacles programmés à été nettement souligné. D'autant plus qu'un assez grand nombre d'entre eux fondaient leurs approches dramaturgiques sur la recherche et l'expression souvent très radicale de ce qui constitue l'identité de l'art théâtral ou, parfois, d'une forme particulière de langage théâtral.

Un axe de recherche exploré avec brio par Marcelo Lafontana pour un spectacle de marionnettes à gaine. Une volonté d'approfondissement artistique que l'on retrouvait, en autres, dans les spectacles proposés par José Caldas, José Leitao, Joao Luiz … Cette série de propositions avait pour principal point commun d'associer qualité du texte et primauté du jeu des comédiens. Cela en fonction de conceptions dramaturgiques nettement distinctes, parfois antagonistes, mais toujours personnelles et surtout clairement revendiquées comme telles. Du théâtre d'artistes sur la base, ce qui est fortement déterminant, de visions ouvertement adultes du monde et de la société.

Il s'agissait , en l'occurrence, de spectacles souvent exigeants proposant chacun, à partir d'un propos parfois intime, plusieurs niveaux de lecture multipliant ainsi les possibilités émancipatrices d'intérêt pour des spectateurs de tous âges, pour un public transgénérationnel . La grande réussite du festival «Fazer a Festa» est d'ailleurs de réunir dans un plaisir commun de théâtre, un public authentique populaire d'enfants, de jeunes et d'adultes.

Si dans l'ensemble les spectacles présentés n'étaient pas tous également aboutis la plupart d'entre eux participaient de questionnements artistiques, de propositions thématiques comme esthétiques témoignant d'une réelle vitalité créatrice.

Cela en dépit d'un manque criant de moyens financiers et techniques qu'il convient de ne pas passer sous silence.
Comme beaucoup d'observateurs étrangers j'ai été frappé par la situation économique extrêmement précaire de certaines compagnies théâtrales portugaises faisant le choix difficile et risqué de s'adresser de préférence aux publics d'enfants et de jeunes, d'agir pour une effective démocratisation de leur accès, dès l'enfance, au théâtre contemporain.

Il est à souhaiter que, dans cette perspective, les pouvoirs publics prennent eux aussi leurs responsabilités.

Maurice Yendt
Juillet 2010

 

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